Rosalie Colfs, photographe humanitaire

©Rosalie Colfs

Je suis d’abord allé au vernissage.  Une expo photo à 10 minutes de marche de mon logement à Kinshasa, ça ne se rate pas.  Puis, malgré la foule présente et dense lors de l’événement, le coup de foudre.  Des photos en noir/blanc saisissantes. Très fortes et humaines. Beaucoup. J’y suis retourné deux autres fois jusqu’à maintenant, profitant seul de l’espace d’exposition et des photos.  Et je compte bien y retourner encore.  Au milieu de tout ça, j’ai eu le plaisir d’une rencontre avec Rosalie Colfs, photographe belge humanitaire

Merci d’être à nouveau à ce rendez-vous.  Merci pour votre présence, merci pour vos mots. Merci aussi de vous intéresser à l’ailleurs, à l’autre.

©Rosalie Colfs

S’intéresser à l’autre, voici justement ce qui anime Rosalie Colfs.  Pendant une longue conversation que nous avons eu au milieu de l’espace qui accueille présentement son exposition « Kinshasa-Matadi Express : Photographies de Rosalie Colfs« , elle laisse tomber tout simplement: « Moi, je cherche à mettre des visages sur une statistique. »  On peut tenter de trouver une définition à ce qu’est la photographie humanitaire mais voilà que Rosalie, en quelques mots, mais surtout avec son cheminement photo, propose une belle perspective sur ce qu’est la photographie humanitaire.

L’exposition coup de coeur pour moi porte sur la première ligne de chemin de fer du Congo fut construite en 1890 entre le port de Matadi, dans le Bas-Congo, et Kinshasa, à l’époque Léopoldville. Le 23 août 2015, après 15 années d’interruption du trafic, le train relie à nouveau les 365 km qui séparent les deux villes.  Rosalie a obtenu les autorisations nécessaires pour prendre ce premier train de même que faire des photos à la gare centrale, lieu qui était passablement désaffecté. L’exposition retranscrit l’atmosphère intemporelle qui règne à bord du train tout comme parmi les wagons épars à la gare centrale.  Pour Rosalie, il s’agit d’un sujet qu’elle qualifie de « léger ».  Certaines des photos de l’exposition logeront par la suite à la gare centrale de Kinshasa. Pour le moment, les photos de l’exposition ne figurent pas encore parmi le portfolio de Rosalie sur le Web.

©Rosalie Colfs

Sujet peut-être plus « léger » pour Rosalie parce que des sujets plus costauds, il y en a eu et il y en aura d’autres.  Il faut voir par exemple dans son portfolio, son projet « Ces femmes qui ne travaillent pas » portant sur des jeunes mères sans époux en RDC.  À lire l’article consacré à cette exposition et lire sur les défis quotidiens que ces femmes ont à relever.

©Rosalie Colfs

Il y a eu également l’exposition « Les combattantes du SIDA », une exposition où, en photos, Rosalie raconte l’histoire de Philomène et  d’Élise, toutes deux atteintes du VIH.  Les photos racontent le combat de l’une et de l’autre, l’une s’appliquant et ayant les moyens pour vaincre la maladie.  L’autre connaîtra un autre sort, faute de moyens.  Je vous encourage vivement à parcourir les photos de Rosalie pour ce projet.

©Rosalie Colfs

Avec l’exposition « Les travailleurs de maison« , Rosalie donne une voix aux travailleurs domestiques en Afrique centrale.  Elle les met dans une lumière pour des portraits magnifiques tout en faisant connaître leurs conditions de travail.  Dans ce projet toutefois, tout comme dans plusieurs autres, ce qui me fascine est le talent, le don, la façon dont Rosalie réussit à être accueilli par les gens qu’elle capte.  Dans plusieurs projets, les personnes ont accepté que Rosalie soit de leur quotidien.  Ses photos illustrent son réel talent à aussi se faire oublier, à s’effacer, afin que les scènes captées soient au naturel.

Je salue également le travail photographique que Rosalie réussit à faire en RDC. Voilà un pays où il n’est vraiment pas facile de pouvoir faire de la photo, particulièrement de la photo de rue.  Même si les photos de Rosalie Colfs sont souvent captées derrière des portes closes, derrière des murs, à l’abri des regards, je trouve formidable que la photographe humanitaire ose, propose des projets, soulève des hypothèses, fait les démarches pour parvenir à réaliser des expositions sur des sujets sensibles.  Il faut connaître la RDC pour savoir le défi qu’elle entendait relever en tentant d’obtenir les autorisations de la Société de chemin de fer pour photographier les lieux de la gare centrale.  Elle les a obtenues tout en ayant la présence de policiers et gardes qui, s’ils devaient la protéger, sont devenus sans le savoir d’importants éléments dans les photos.

En outre, la démarche de Rosalie Colfs est une belle illustration d’un principe que j’ai souvent prôné dans mon blog photo, soit celui d’avoir une intention pour réussir vos photos.  Si vous ne savez pas pourquoi vous déclenchez, arrêtez.  Prenez votre temps. Précisez votre intention, trouvez-la.  Après, vous pourrez vous exécuter.  Rosalie n’est certainement pas à court ni d’intentions, ni d’un regard qui est le sien pour bien illustrer et mettre en photos ses intentions.

L’exposition sur le train Kinshasa-Matadi a débuté il y a trois semaines à l’Institut français de Kinshasa.  Voilà que Rosalie récidive déjà cette semaine avec une autre exposition dans un magnifique lieu culturel, l’Espace Texaf Bilembo, toujours à Kinshasa.  Il sera question de prisonniers, des conditions de détention dans les prisons congolaises, des droits humains, le tout en collaboration avec l’organisation Avocats sans frontières.  L’exposition doit se diriger par la suite en direction de Bruxelles.

Décidément, Rosalie Colfs n’aura pas adopté un ton « léger » pour longtemps. D’ici quelques mois, elle entend retourner en Belgique pour la suite de sa carrière.  Dans tous les pays du monde, il y a des histoires à raconter « pour mettre des visages sur une statistique« .

N’hésitez pas à commenter, ajouter des précisions ou des informations.  Vos mots sont importants.  Il est toujours temps d’appuyer mon projet de même que CUSO International en contribuant via ma page personnelle de coopérant volontaire.  Votre contribution, aussi modeste soit-elle, sera multipliée par dix grâce aux ententes entre CUSO International et les instances gouvernementales canadiennes.

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3 commentaires pour Rosalie Colfs, photographe humanitaire

  1. Schneider dit :

    Beaucoup d’émotion à l’Issue de la lecture de votre lettre, de ces photos magnifiques, de cette réalité sans fard. Bouleversant. Bravo à Rosalie et vous-même.

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  2. Paule Drouin dit :

    De la photo reportage, elle a des histoires à raconter et rend compte de la vie derrière toutes ces histoires de vie. Merci pour cette rencontre!

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  3. Richard St-Pierre dit :

    Décidément il y a aussi des gens pour nous raconter en images en recits la réalité que l’on oubli dans le tourbillon affolant de notre quotidien. Bravo

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